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06/10/2010

Tout doit disparaître (M. OLLIVIER)

images.jpg« J’aurais aimé avoir le sens de la répartie. Dire ce qu’il faut sans hésiter, trouver les mots sans bafouiller, au moment précis où j’en ai besoin. »

Hugo a onze ans lorsque ses parents, enseignants, quittent le nord de la France pour aller enseigner à Mayotte. Il va ainsi découvrir une nouvelle société, un nouveau monde, de nouvelles personnes, mais aussi apprendre la différence, l’injustice et les inégalités. Le retour en France, trois ans plus tard, sera très difficile…

Roman scindé en deux, Tout doit disparaître propose une vision extrêmement bien documentée de ces « expats », ces Français de métropole qui, moyennant salaires amplifiés et avantages fiscaux, partent enseigner outre-mer. Le récit de Mikaël OLLIVIER dépeint avec beaucoup de réalisme cette micro-société qui vit en cercle fermé, joue les vieux briscards auprès des nouveaux après un an de présence sur l’île et ne peut s’empêcher de porter sur les « indigènes » un regard suffisant quoiqu’empreint de pitié sur ces gens « décidément pas comme nous »…

L’intérêt de la narration est de présenter les choses du point de vue de l’adolescent, qui observe en spectateur ces comportements mais finit par s’impliquer, plus que ses parents ne l’auraient voulu. Mayotte va devenir pour lui le catalyseur de sa révolte adolescente, où il rejettera en bloc la société consumériste et les comportements de ses semblables.

Court roman de cent cinquante pages, Tout doit disparaître se lit très facilement, car il est accessible à de multiples plans : roman des amours adolescentes, critique sociale, réflexion sur nos valeurs, il saura toucher tous les publics à partir de treize ans.

A mon retour, en plein hiver, j’ai eu autant de mal à me réadapter à la vie métropolitaine que j’en avais eu à trouver ma place dans la société mahoraise. Les premiers temps, j’avais l’inconfortable sensation de ne plus être nulle part. (…)

Au collège, je n’avais pas envie de me faire de nouveaux amis. Je me sentais étonnamment mal à l’aise avec les jeunes de mon âge. Aucun d’entre eux ne me rejetait ni ne me tenait à l’écart, c’était moi qui refusais de jouer le jeu. Car il s’agit bien d’un jeu, non ? Ces conversations enflammées sur des sujets sans importance, ces blagues et expressions à la mode, ces magazines qu’il faut absolument lire, ces programmes télé qu’il faut avoir vus… Tout me semblait ridicule, mais en même temps, je souffrais de ne pas en être, de ne pas parvenir à redevenir un adolescent ordinaire, de ne plus savoir apprécier ou me contenter de la vie de mes semblables. (…) trop immature pour Mayotte, trop mûr pour Béthune ? Je flottais entre deux eaux : ni triste, ni gai, ni en colère, ni résigné. Flottant. A côté de moi-même et des autres.

Mikaël OLLIVIER, Tout doit disparaître.

Thierry Magnier

157 pages – 8,50€

Paru en 2007

L’auteur : C’est à l’âge quinze ans, dans la salle obscure de son ciné-club favori, que tout se joue pour Mikaël Ollivier. C’est la fin d’un cycle Alfred Hitchcock, et quand les lumières se rallument après la projection du dernier film, il se dit que c’est ça qu’il veut faire plus tard. Ça quoi ? Il n’en sait rien encore. D’abord cinéphile passionné, il devient un lecteur boulimique et, à vingt-cinq ans, décide d’arrêter son travail d’assistant de production à la télévision pour se lancer dans l’écriture.

Romans pour la jeunesse et pour les adultes, nouvelles, scénarios pour la télévision et le cinéma, polars, récits intimistes ou futuristes : plus qu’écrivain, Mikaël Ollivier se sent « raconteur d’histoires ». Plusieurs de ses romans ont été adaptés à la télévision et au cinéma. Directeur d’une collection de nouvelles pour les adolescents aux éditions Thierry Magnier, il vit aujourd’hui en Eure-et-Loire.

 

Site internet : http://www.mikaelollivier.com

08/09/2010

Où vas-tu, Sunshine ? (S. DOWD)

Où vas-tu, Sunshine.jpg« Je déambulais d’un air dégagé le long de la file de véhicules, blonde à l’allure nonchalante dont les cheveux, ou plutôt la perruque, captaient les moindres rayons de lumière. »

Holly Hogan a quatorze ans. Depuis ses cinq ans, elle alterne séjours en famille d’accueil et retours au foyer, dont elle est une des plus anciennes. Dans ses rêves, il y a « la maison-du-ciel » où elle vivait avec sa mère et le petit ami de cette dernière, et puis l’Irlande, où elle veut aller pour retrouver la retrouver. Alors qu’elle est placée dans une nouvelle famille, elle va fuguer et partir, après avoir découvert le sésame qui la rend plus belle, plus forte, plus vieille : une perruque blonde… Sur la route, rencontres et souvenirs vont s’enchaîner.

Récit d’une résilience, le roman de Siobhan DOWD est d’une force incroyable. Sous ses dehors de récit de voyage, traçant une route qui va de Londres aux côtes irlandaises, Où vas-tu, Sunshine ? dessine le cheminement intérieure d’une petite fille perdue qui va grandir brutalement au fil de ses errances. Cette Holly aux airs d’oiseau tombé du nid qui se métamorphose en sculpturale  Sunshine, c’est autant un moyen de  dynamiser la narration qu’une manière de raconter, en filigrane, une autre histoire, celle qui émergera finalement : la  véritable.

Le point de vue interne – c’est Holly qui raconte – permet de jouer sur l’ambiguïté : c’est à la narratrice que l’on fait entièrement confiance et pourtant… En dépliant avec elle les replis de sa mémoire, les souvenirs mis à jour vont révéler des faits différents que ceux évoqués au début du texte, et c’est tout l’intérêt de ce roman que de ménager jusqu’à bout l’incertitude. Difficile, souvent dérangeant, Où vas-tu, Sunshine ? est à réserver aux lecteurs de quatorze ans et plus.

Je m’assis devant le miroir, tête baissée, et soufflai un grand coup. Puis je mis la perruque.

Je levai la tête et regardai dans le miroir. La pièce parut s’assombrir. Dehors, la pluie s’était changée en neige. Les faux cheveux blonds et mes vrais cheveux châtain foncé – des cheveux tout fin de bébé – se mêlaient le long des temps et du front. L’image que me renvoyait la glace, c’était moitié une Holly Hogan, moitié une cinglée d’étrangère. T’énerve pas, ma fille, me dis-je à moi-même. Arrange ça.

Le cœur battant, je rentrai soigneusement les petits cheveux fous plus foncés à l’intérieur de la résille. Après quoi, je brossai les longues, les magiques mèches blond cendré, les peignant en avant puis en arrière, rectifiant le tracé de la raie.

Quand j’eus fini, je posai la brosse et respirai à nouveau un bon coup avant d’allumer la lampe de chevet, de façon à refouler les ombres dans les coins de la pièce. Alors seulement je me regardai dans le miroir.

Siobhan DOWD, Où vas-tu, Sunshine ?

Scripto – Gallimard

348 pages – 13€

Titre original : Solace of the Road – Paru en 2009 – Traduit en français en 2010

L’auteur : Siobhan DOWD est née à Londres de parents irlandais. Elle a obtenu un diplôme de lettres classiques à l'université d'Oxford. Elle a vécu pendant sept ans à New York où elle dirigeait le PEN, une fondation d'écrivains qui œuvre pour la liberté d'écrire. Dans ce cadre, elle s'est rendue en Indonésie et au Guatemala pour enquêter sur l'application des droits de l'homme pour les écrivains. De retour en Angleterre, elle a poursuivi cette mission en faisant intervenir des écrivains dans des écoles défavorisées et dans des prisons.

Elle a écrit des nouvelles et des articles avant de publier Sans un cri, son premier roman, qui a recueilli les honneurs de la critique et a permis à son auteur d'avoir été élue parmi les vingt-cinq «auteurs du futur» par «The Guardian». En août 2007, à quarante-sept  ans, Siobhan DOWD est décédée d'un cancer du sein. La Parole de Fergus et Où vas-tu, Sunshine ? sont ses deux romans posthumes.

Les quatre romans pour la jeunesse de Siobhan DOWD constituent une œuvre littéraire magistrale d'autant plus précieuse qu'elle fut interrompue au summum de son accomplissement. Elle témoigne de son immense talent d'écrivain, de sa profonde passion pour la vie et de l'attachement qu'elle a toujours gardé pour l'Irlande où elle se rendait régulièrement.

Site internet : http://www.siobhandowdtrust.com  (tous les droits d’auteur de Siobhan DOWD sont reversés à cette fondation créée juste avant sa mort pour améliorer l’accès des jeunes à la lecture)

05/09/2010

La vérité sur Marylou (M. SACHS)

La vérité sur Marylou.jpg« Si on jouait à Stanley et Marylou ? ai-je proposé à ma cousine Pam.»

Marylou doit son prénom à la sœur de sa mère, décédée à douze ans en sauvant tout les occupants de son immeuble et notamment son petit frère de six ans. Depuis, c’est l’héroïne de la famille et sa mère (la grand-mère de la narratrice) l’idolâtre. Lourd héritage pour la deuxième Marylou, fillette sans histoire aux yeux de tous, mais à la personnalité complexe et, surtout, pleine d’interrogations sur elle-même.

A travers sa narration à la fois innocente et retorse, elle décrit la vie d’une famille américaine « type », où la grand-mère a du mal à imaginer qu’elle a un gendre portoricain, une belle-fille qui ne correspond pas à ses attentes, et où tout le monde joue le jeu des apparences.

Écrit au début des années soixante-dix, La vérité sur Marylou dépeint avec finesse cet état d’enfance où l’on se « fabrique des histoires ». Sauf que les histoires que la narratrice construit prennent racine dans la légende familiale et que cette dernière n’est pas si idéale.

Le ton volontairement juvénile adoptée par l’auteur lui permet de brosser un tableau acide, presque cruel, d’une certaine réalité et le roman prend alors une certaine amertume, celle d’une vérité qui se dessine et qui est loin d’être aussi jolie que dans les histoires…

Ma mère dit que Marylou et elle se ressemblaient, sauf que Marylou était plus petite, plus maigre et plus délicate. Ma mère est grande et mince. Elle a des yeux bleus et des cheveux qui, selon elle, étaient blonds autrefois. Elle dit que je ne ressemble pas du tout à Marylou puisque je suis brune comme mon père, que je suis grande et musclée et que j’ai une santé de fer.

Pourtant, j’ai toujours pensé savoir à quoi ressemblait Marylou. Il y a un portrait de Jeanne d’Arc dans l’un des livres d’art de mon père. Elle prie, une lueur éclaire son visage. Elle est très belle. Je pense que Marylou devait ressembler à ça. J’ai montré cette reproduction à ma mère un jour, et elle m’a dit que non, Marylou ne ressemblait absolument pas à Jeanne d’Arc. Mais ça fait trente ans que Marylou est morte et je pense que ma mère a dû oublier.

Marilyn SACHS, La Vérité sur Marylou.

Mijade – Zone J

222 pages – 7 €

                               Titre original : The Truth about Mary Rose  – Paru en 1973 – Traduit en français en 2009

L’auteur : Marilyn Sachs est née à New York en 1927. Diplômée en sciences bibliothéconomiques‚ elle s’est occupée pendant une dizaine d’années de la section jeunesse de la bibliothèque municipale de Brooklyn‚ avant d’occuper les mêmes fonctions à San Francisco‚ où elle vit en compagnie de son mari. Elle se consacre désormais à son métier d’écrivain. Auteur de livres principalement dédiés à la jeunesse‚ elle rencontre un grand succès et ses ouvrages sont traduits en français‚ espagnol‚ japonais‚ allemand‚ anglais‚ suédois‚ finlandais…

Site : http://www.marilynsachs.com (en anglais)

31/08/2010

Trop moche pour toi (E. WILWERTH)

Trop moche pour toi.jpg« Un coup de fil pour moi ? Ah ?

Je m’arrache à ma sieste, à ma couette, à ma chambre-cocon.»

Pervenche est une adolescente mal dans sa peau, dépressive et boulimique, qui a l’habitude de se cacher tout le temps : elle se cache dans des vêtements informes, elle se cache derrière des cheveux sales, elle se cache derrière une insensibilité de façade. A l’opposé de Zoa, sa grand-mère paternelle, fantasque, exubérante, pleine de vie et de couleurs. Et cette justement cette grand-mère qui va lui proposer de l’accompagner avec elle en Turquie. Voyage cauchemardesque ? oui, jusqu’à ce que Zoa disparaisse…

Étonnant roman qui raconte la mue d’une jeune fille, Trop moche pour toi mérite que l’on dépasse ce titre un peu cliché. En choisissant de confronter deux femmes qui sont aux antipodes l’une de l’autre, Evelyne WILWERTH livre un joli plaidoyer pour la différence quelle qu’elle soit, physique ou sociale. En moins de cent cinquante pages, l’auteur va brosser le portrait de deux écorchées vives à leur manière et va entraîner la plus belle sur la voie de la guérison.

Le ton peut surprendre, voire déranger au début, car les points de vue alternent, même si domine celui de Pervenche, et le style est un peu haché, comme essoufflé. Mais il s’apaise au fil du texte, comme s’apaise l’héroïne, et l’on termine cet itinéraire d’une jeune fille en construction avec beaucoup de plaisir.

Nous sommes sur la Passerelle à Liège, j’ai plus ou moins cinq ans, je suis mince et pas vilaine, je souris, je suis fière d’être enlacée par mon père, je souris peut-être aussi à ma mère, je ne l’appelais pas Plastique à l’époque ! Mes parents avaient plus de temps, on riait ensemble, pourquoi ça s’est peu à peu déglingué, parents de plus en plus pris par la spirale du boulot, puis tensions entre eux, et moi, j’ai dû compenser par quelques sucreries, j’ai gonflé, plastique observait l’évolution avec des yeux froids, méprisants, dégoûtés, on s’est moins parlé, la bouffe a pris beaucoup de place, a pris toute la place.

Évelyne WILWERTH, Trop moche pour toi.

Mijade

140 pages – 9 €

                                                                                                                            Paru en 2007

L’auteur : Évelyne WILWERTH est née à Spa (Belgique). Licenciée agrégée en philologie romane‚ elle a enseigné le français pendant neuf ans avant de s’investir totalement dans l’écriture. Elle écrit des romans‚ des nouvelles‚ des pièces de théâtre‚ des essais‚ pour un public adulte et pour les jeunes. Depuis 1993‚ elle anime des ateliers d’écriture en Belgique et en France.

Site : http://users.skynet.be/evelyne.wilwerth

30/08/2010

Tabou (F. ANDRIAT)

Tabou.jpg« Tout à coup, il y a un blanc. Un vide terrible. Comme lorsqu’explose une bombe et qu’elle détruit, en quelques secondes, une partie de notre monde.»

Trois lycéens prennent successivement la parole pour raconter leur réaction face à ce qu’ils viennent de vivre : le suicide d’un de leurs camarades, Loïc. Peu à peu, la réalité fait jour : ce dernier s’est suicidé parce qu’il ne supportait pas de se savoir homosexuel. Réginald, Philippe, son ami d’enfance, et Elsa, la « beauté » de la classe, vont raconter et se raconter…

Très court roman de moins de cent vingt pages, Tabou choisit de mettre l’accent sur une réalité souvent dérangeante, celle de l’homosexualité. Plus encore lorsque qu’elle touche ce moment-clef de l’adolescent où chacun se cherche et désire plus que tout être « comme les autres » tout en se revendiquant différent.

Frank ANDRIAT joue habilement des points de vue, du plus obtus au plus ouvert, pour dessiner la réalité au plus près. Le personnage de Philippe, aux multiples facettes, cristallise toutes les souffrances et les ambiguïtés de la situation, « maladie » pour les uns, état de fait pour d’autres.

Tout au plus pourra-t-on reprocher certaines longueurs, notamment sur la fin, mais Tabou reste néanmoins un roman, presque un témoignage, tout à fait intéressant.

Tu t’es dit que, bientôt, tu ne pourrais rien dissimuler à personne, qu’il était inscrit en grand sur ton visage que tu étais une tapette ; ta discrétion, tous les efforts que tu faisais pour paraître normal ne suffirait plus à dissimuler la réalité aux autres. Faudrait-il que tu agisses comme Loïc, que tu inventes sur les homos des blagues ignobles dont tu rirais plus fort que tout le monde ?

Frank ANDRIAT, Tabou.

Mijade

110 pages – 7 €                                                                                                                                                                              Paru en 2003

L’auteur : Frank ANDRIAT est né en 1958 à Bruxelles (Belgique). Il s’oriente vers l’écriture dès quatorze ans et lance en 1973 une revue littéraire‚ « Cyclope ». Après des études de philologie romane à l’Université de Bruxelles‚ il exerce depuis 1980 le métier de professeur de français. Frank ANDRIAT aborde divers registres littéraires : poésie‚ fantastique‚ romans policiers‚ nouvelles…
Dans ses livres‚ il dit l’importance de l’ouverture : le Journal de Jamila exprime son rejet de toute attitude raciste‚ La remplaçante est un vibrant appel au dialogue entre enseignants et enseignés‚ Tabou aborde la question de l’homosexualité.

Site : http://www.frankandriat.com